Par delà les symboles employés, les maîtres spirituels s’accordent pour dessiner d’un même trait l’humaine vocation. L’homme est appelé à vivre d’une immortelle et absolue liberté une fois délié de sa condition d’emprunt. Pour cela, rien n’est à conquérir : il suffit de se déprendre d’une illusion.
L’illusion naît d’un Regard infini qui a renoncé à sa liberté et ce Regard n’est autre que celui que tu poses, en cet instant, ami lecteur, sur l’activité mentale qui, elle, observe ses lignes.
Lorsque les yeux sont fermés, le Regard persiste, il est alors l’attention qui « regarde » la couleur noire, qui observe un souvenir qui perce, une idée qui vient…
Absorbé par l’objet de sa vision, il fait corps avec…
Cette identification peut cesser en cette vie.
Observe, paisible et détaché, la pleine autonomie du corps et de l’activité mentale vis-à-vis de Toi :  tu es ce Témoin éternel de leur vie.
Observe, calme et attentif, tu es Cela, tout et rien à la fois.

LRW

Theôria

 

 

Connaissance intuitive et présentielle
Des univers invisibles et parallèles,
Tes conditions semblaient inaccessibles.
Pour les Modernes, elles n’étaient pas même audibles.

Mais tel un idéal jetant son ombre sur Dianoia,
Theôria, jusque dans l’ordre des possibilités,
devait encore s’effacer :
Sous des plumes brillantes,
A défaut d’être vaillantes,
Son existence était désormais déniée.

Pourtant ce n’était pas encore assez.
Dans la mémoire des hommes,
Il fallait encore te tuer.
Ils volèrent alors les sept lettres de ton nom,
Maquillèrent la dernière,
Et attribuèrent aux fruits du savoir discursif
Le nouvel habit de « théorie ».

Dès lors, auréolée du souvenir confus de l’acception passée,
La raison s’auto-décerna les qualités de la Connaissance reniée.
Au vent de l’Histoire censée être la sienne,
L’étendard de la Raison absolutisée
Claquait maintenant au-dessus de nos peines.

Qui s’en souciait? Dans un Univers glacé
Dessiné à la mesure de son aveuglement,
Ses enfants rassurés en cet espace quantifié
Passaient la vie comme l’on passe le temps.

Sous le conditionnement des hommes d’argent
Trop heureux de trouver là un monde
A la naine taille de leurs âmes,
Les Grands Mystères s’étaient éteints,
La Vie, en son chemin de ronde,
Arpentait, sans joie, les terres nostalgiques
Des antiques époques vagabondes.

 

LRW

Sur la margelle de ton regard

 

Au second battement de paupières,
J’ai perdu équilibre et repères.
Assis sur la margelle de ton regard,
Doucement, j’ai basculé en arrière.
Trop tard.
Dans l’Univers silencieux
De tes yeux ouverts,
En ce gouffre secret où ton âme s’entrouvrait,
Je t’ai cherché, puis tout s’est effacé.
Tout, à nouveau, a basculé,
La chute n’avait pas encore commencé,
Ton oeil venait de se fermer.

Texte et peinture / LRW

L’ange Elemiah

Et l’ange Elemiah me dit en songe :

Viens et vois, allez !
Viens, prends ma main.
Ne regrette rien.
Fais un pas, juste plus bas.
Il est là, l’immense théâtre,
Où valsent les clowns, où danse la troupe.

Viens et vois, allez !
Observe qui tu étais, qui tu jalousais.
Regarde ces innombrables spectateurs se rêver acteurs.
Regarde ces rares acteurs oublier jusqu’à l’auteur.
De ce monde de pantins
Où ânonner un texte s’appelle penser,
Où radoter la pièce s’appelle agir,
Ne garde rien, n’emporte rien.

Sans eux, loin de leur jeux,
Léger d’un corps évanescent,
Tu peux partir maintenant.
Et quand viendra le tour de tes amis,
Lorsqu’ils sortiront aussi,
N’oublie pas de venir, n’oublie pas de leur dire
Que mourir est la fin d’une illusion,
La fin de la dernière représentation.

Peinture et texte de LRW

Philosophie juive et Cabale

 

 

De l’hébreu « quabbalah », qui signifie tradition, la Cabale laisse ses premières traces écrites au XIIe siècle, en France, et plus particulièrement en Provence chez, en particulier, les disciples du fils de Rabbi Abraham ben David de Posquières, Isaac l’Aveugle, et dans un ouvrage à l’origine inconnue, le Livre de la Clarté (Sefer ha-Bahir).

Elle se nourrit vraisemblablement de Traditions plus anciennes (comme, par exemple, la gnose juive ancienne dite « Mystique des Palais »). Sa vision de la Réalité est d’une très grande richesse et se développa ensuite dans des milliers d’ouvrages dont le célèbre Zohar (XIIIe siècle) et au travers de grands maîtres, d’Isaac l’Aveugle à Isaac Louria.

Selon la Cabale, entre notre monde (une simple parcelle du cosmos) et l’Absolu ineffable (En Sof), il existe dix médiations ou intermondes (sefirot). Tout l’objet de la Cabbale est de connaître ces mystérieuses médiations par où l’En Sof se manifeste en se cachant puis, les connaissant, d’agir sur elles (la Cabale développe donc aussi une théurgie, c’est-à-dire un art qui vise à opérer sur les forces médiatrices de nature spirituelle. Il existe ainsi une théurgie cabalistique qu’il faut strictement distinguer d’une magie cabalistique qui opère sur les forces psychiques et non spirituelles.

En cette réalité complexe, tout correspond, tout interagit… Aussi, la théurgie se fonde sur un complexe système de correspondances pour opérer à partir de ce monde sur les intermondes.

Texte et peinture / LRW

Que les vents se taisent

 

Que les vents se taisent,
Que la Terre s’émiette.
Premières chaleurs en la matière.
En l’âme tiers, Naissance.
Aux quatre espaces, la pierre était fendue.

Que les structures s’alignent,
Que les Eaux s’évaporent.
Premières vapeurs en la matière.
En l’âme tiers, Effervescence.
Aux quatre temps, les glaciers étaient rompus.

Que les pluies cessent,
Que l’Air brûle.
Premières lueurs en la matière.
En l’âme tiers, Jouissance.
Aux quatre réunis, j’étais uni.

 

LRW

Fin de cycles

L’heure approche, elle s’effiloche…
Dans les forêts saccagées et violées,
les champs pétroliers trop âgés,
les eaux souillées et polluées,
la rareté s’étend, la rareté aura ses guerres,
les guerres auront nos vies.

Fin de cycles

La liste est longue, la liste s’allonge.
Les Grecs avaient raison,
la démesure engrange moissons,
des moissons de poisons, des moissons à foison.

Fin de cycles

C’est la fin des réponses classiques,
des tics idéologiques,
la réalité les a répudiés,
l’alternative aura ses insensés.

Fin de cycles

Et si les mensonges servent ton confort.
Ecoute-les plus fort
car bientôt retentiront
les pas de l’avenir,
les pas des migrants éreintés,
le bruit du vent des marées de Noé,
Le bruit des pénuries,
les cris des pandémies.

Fin de cycles

L’heure approche, elle s’effiloche,
Hésiode veut conclure son ode.
Voici l’âge du fer, voici l’âge du loup
et n’oublie pas, on ne t’attendra,
nos piètres leaders se préparent déjà,
Eux savent et s’empiffrent,
eux savent et s’enfuient.

Fin de cycles

 

Chanson composée et interprétée par Georgia Burcham-Davies :

 

Le texte, quant à lui, date de 2009 : https://www.pauljorion.com/blog/2009/11/22/deux-poemes-par-laurent-robert-wang/

Version vidéo :

Présence à soi

 

Ce que l’on est résulte du degré d’intensité de notre acte d’exister dans la Présence à soi, là, en cet instant.

Plus cette présence à soi est forte, plus s’ouvrent les mondes étagés, de l’âme et des intelligibles.

Autant de mondes « invisibles » et « inexistants » pour celui-là seul qui s’y absente dans la mesure même où il s’absente à lui-même dans le divertissement stérile, l’attente d’un à-venir qui n’est pas, et le souvenir d’un passé qui n’est plus, dans la mesure, autrement dit, où il se fait le créateur du temps et en devient d’un même geste son fidèle esclave…

Peinture et texte / LRW

Onde majeure

 

 

Sans fin, tu te propages,
Sans commencement ni visage,
Fréquence sans âge,
Tu es l’Onde majeure
Qui imagine, dessine et assassine.
Un, deux et trois…
Je résonne : un être, un lieu.
Tu m’accroches ? je t’approche…
Un, deux et trois…
Tu m’appelles ? je me rappelle…
Mes inégales hauteurs peignent sept couleurs.
Mes inégales largeurs sonnent sept croches.
Je suis l’Onde majeure,
L’assourdissant frisson
Des univers oscillants et mouvants.
Qu’enfle la pulsation !
Que vibre la création !
Il n’y a toujours eu que Moi.
Qu’enfle la vibration !
Que tressaille la sensation !
Un,
Deux,
Et trois.
Je suis l’Univers en son cœur,
Sa vie, sa cadence.
Je Suis l’Onde Majeure.

Texte et peinture / LRW

 

Hildegarde de Bingen, Huile sur toile, 54 x 73cm

 

Au moment où je sortis de l’eau, je vis la lumière se déchirer et basculer à l’horizon d’un espace éclaté. Je n’étais plus celle dont la tête avait été plongée dans l’eau froide du fleuve; ce fleuve, je l’étais de l’amont à l’aval et je le débordais jusqu’aux limites dernières des pays reculés de Mayence. Le temps maintenant s’engouffrait en mon sein tordant la limite pour y écraser les heures, les jours et les années. Ô mon Dieu, on était là, Toi sans moi.

LRW

 

 

 

Un dialogue imaginaire entre Plotin et Porphyre

On le sait maintenant tous deux, mes fragiles limites m’empêcheront d’achever mon travail; mais avant que je ne te laisse le soin de le mettre en ordre sous la forme qui te conviendra, je souhaiterais revenir sur la question du Beau qui nous a retenu tout l’hiver dernier lors de notre séjour à Athènes. Inépuisable, elle est peut-être plus importante que je n’ai bien voulu le voir jusqu’alors. A cet égard, mesurant peut-être mieux combien il est difficile de vivre la Gnose salvatrice sans recourir aux moyens que nous offre le Monde et que Basilide et Valentin ont bien tort de rejeter, le thème du Beau comme puissance mérite que l’on s’y attarde à nouveau.

Rappelle-toi notre dernière conversation sur la Gnose et ses voies. Si nous avions longuement évoqué la puissance de l’amour comme voie spirituelle en ce qu’il annihile l’habituelle gouvernance du mental et l’attention égotiste, je t’avais aussi fait remarquer que la vision du Beau en la matérialité d’un visage ou d’un corps, d’un paysage ou d’une peinture permet, dans certaines circonstances, de s’abstraire des conditionnements habituels, lesquels, tu le sais aussi, nous emprisonnent dans une illusoire conception de la réalité.

– Platon affirmait que le Beau est la splendeur du vrai. Tu ajoutes, Maître Plotin, qu’il en est le chemin ; l’âme est et devient ce qu’elle contemple as-tu même dit un jour. Pourtant, de nombreuses fois, il m’a été donné de rencontrer de magnifiques paysages comme ceux que l’aube offre au regard lorsque la campagne s’éveille de son lit de brume. J’y ai vu le mystère envoûtant de la Beauté, j’y ai pressenti sa force infinie mais je n’y ai point vu le sentier…
– Alors vois plutôt le carrefour que je te dessine maintenant; le carrefour d’une rencontre entre l’homme, déjà – c’est vrai – quelque peu désencombré de lui-même, et la beauté quasi parfaite d’un lieu ou d’un corps. Car, soit tu n’as point véritablement rencontré cette beauté parfaite, soit, tu n’étais pas suffisamment libre vis-à-vis de l’activité du mental pour l’accueillir.
– Mais est-il seulement possible de rencontrer une beauté parfaite en ce monde ?
Cette rencontre, il m’a été permis de la faire à l’age de 27 ans dans la Villa d’Anuzio. Il s’agissait d’une fresque anonyme peinte sur l’un des murs de la cour intérieure. Ce fut soudain. Inoubliable. Une expérience ineffable qui m’a fait être ce je suis aujourd’hui.
– La beauté naturelle parfaite n’aurait-elle pas, elle aussi, un tel pouvoir ?
– Peut-être Porphyre. Cependant, je me demande si l’humanité de l’oeuvre n’a pas plus de poids que la naturalité d’un splendide paysage en ce qu’elle permet d’accentuer subtilement certains traits naturellement beaux jusqu’à manifester – dans un merveilleux artifice – la perfection sensible qui ouvre à la réalité de l’Un.

Texte et peinture de LRW

Nietzsche hier m’a dit

 

Nietzsche hier m’a dit
Ce qui couve sous le vernis.
Nietzsche hier m’a dit
Ces mots qui camouflent,
Enserrent et étouffent.

Mais qu’avais-je compris
Avant ce matin-là ?
Qu’avais-je seulement saisi
Avant qu’elle ne me sourit ?

Silesius hier m’a dit
La rose sans pourquoi.
Silesius hier m’a dit
L’inanité du monde et du moi,

Ses rondes et son désarroi.
Mais qu’avais-je compris
A l’aurore de nos folies ?
Qu’avais-je seulement saisi
A l’orée de nos vies ?

Peinture et texte de LRW

 

Nouvelle : La Porète

De noirs nuages s’amoncelaient au dessus des chemins boueux qu’il me fallait encore emprunter pour rejoindre mes frères. Harrassé par cette longue journée passée à cheval, je décidais, ce soir là, de faire halte chez un proche parent, Philippe le Boulanger, évêque de Sées. Crotté de la tête aux pieds – la longue traversée des terres du Perche avait rendu méconnaissable ma blanche tunique, j’espérais pouvoir trouver rapidement le fidèle Jean afin qu’il m’introduise sans d’inutiles palabres auprès de son maître, mon oncle.

Sans surprise à cette heure, je trouvais le sacristain dans la Cathédrale. A ma vue, son visage se figea; l’incrédulité qui s’y lisait s’accompagna d’un geste m’invitant à l’accompagner en silence. Me demandant bien ce que tout cela pouvait signifier, j’obtempérais néanmoins et me laissais mener sans mot.

– Heureux de te revoir mon oncle mais que signifient tous ces mystères, que se passe-t-il ?

– Albert… On te croyait enfermé avec tes frères de Bretteville au château de Caen.

Le sombre visage de mon oncle n’offrait point l’épilogue attendu à l’absurde nouvelle : j’arrivais d’Italie où j’avais effectué une mission pour le comte de Caen supposé être devenu, entre temps, le geôlier de mes compagnons…

– Enfin, explique moi !

– Regarde par toi-même l’ordre d’arrestation reçu il y a quelques jours par le sénéchal de Sées pour une autre de vos commanderies.

Je saisis alors la lettre qu’il me tendait et lus, abasourdi, ces mots : « Une chose amère, une chose déplorable, une chose assurément horrible à penser, un crime détestable, un forfait exécrable, une chose tout à fait inhumaine, bien plus, étrangère à toute humanité, a, grâce au rapport de plusieurs personnes dignes de foi, retenti à nos oreilles. Les frères de l’ordre de la chevalerie du Temple, cachant le loup sous l’apparence de l’agneau et, sous l’habit de l’ordre, insultant misérablement la religion de notre foi, sont accusés de renier le Christ. Nous avons aussi décidé que tous les membres dudit ordre de notre royaume seraient arrêtés, sans aucune exception aucune, retenus prisonniers et réservés au jugement de l’Eglise, et que tous leurs biens seraient saisis, mis sous notre main et fidèlement conservés. ».

Par pudeur, les yeux baissés, mon oncle me laissait reprendre ces forces qu’un chevalier ne pouvait dignement paraître avoir abandonnées même quelques instants…

– Le commandeur de la Province de Normandie, Geoffroy de Charney est vraisemblablement emprisonné à Paris avec le Grand Maître… Pour lors, il faut te cacher et te faire oublier quelques semaines; le Pape va réagir, il faut attendre.

Mon oncle avait peut-être raison; l’Eglise ne pouvait permettre qu’on s’en prenne ainsi à ses moines soldats.

– Ici, continua-t-il, il y a trop de monde; un ami, le supérieur du Prieuré Saint-Laurent, à Moulins-la-Marche, pourrait t’héberger le temps nécessaire…. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il abrite sous son toit un fugitif. Je sais qu’il héberge quelqu’un qui cherche à se faire oublier après des écrits controversés.

2

– Pourriez-vous remettre ceci au Père Thibaut ?

Sans un mot, le moine portier prit ma lettre, ferma la lourde porte et remit le loquet en place. Je n’étais point mécontent d’être arrivé à Moulins-La-Marche sans encombre. Bien que méconnaissable avec les habits que Jean m’avait laissés ce matin, je redoutais, en vérité, d’éventuelles rencontres avec les troupes royales. J’étais, en outre, impatient de rencontrer le Prieur; peut-être avait-il quelques nouvelles au sujet de mes frères du Temple. Dix minutes plus tard, la porte d’entrée s’ouvrit à nouveau laissant apparaître le visage d’un très jeune moine. Continuer la lecture de «  »

 

 

« Comme c’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir… Comme j’ai parlé de folie avant d’avoir tenté de regarder l’infini par le trou de la serrure. Comme j’ai parlé de mort, avant d’avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l’irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes (…) Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux. Comme c’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir »

(René Daumal, Le contre-ciel).

 

 

« Quant aux philosophes, l’astrologie est leur affaire. » (Paul Valéry, Cahiers)

Comme toutes les lectures cohérentes qui font système, à l’exemple de la lecture scientifique – une lecture mathématisante et quantitative du réel objet – l’astrologie de Paracelse (1493-1541), constitue, en particulier, une lecture intéressante de cet autre réel qu’est l’état intérieur (pour rappel, on peut distinguer trois formes de réalité : celle de l’objet, celle du signe-concept produit du mental, et celle de l’esprit-conscience). La nouvelle astrologie qu’il inaugure défend précisément l’idée que notre « psyché » est sans cesse affectée et donc structurée par l’existence de forces désignées et conceptualisées au travers d’une riche et complexe symbolique (les Forces planétaires, les Maisons, les Cycles planétaires, les Signes zodiacaux). Libre à chacun, ensuite, de croire, ou non, en la pertinence de cette lecture de l’état intérieur et des concepts inventés à cet effet. Ce pas supplémentaire, celui de la croyance qui vient accoler l’étiquette « vérité » à la vision proposée (qu’elle soit scientifique, astrologique etc…), chacun doit être libre de le faire ou non. Qu’il sache cependant qu’il quitte alors le domaine de ce qu’il est convenu d’appeler la philosophie, pour celui, là, de la croyance scientifico-technique du monde marchand et moderne, là de la croyance religieuse, là de la croyance astrologique, etc… Etant entendu que chacun vit en fonction de croyances plus ou moins conscientes et que tout l’intérêt de la philosophie, en tant qu’enquête sur le réel, est de mettre à jour les différentes croyances afin d’en choisir une en toute lucidité… Le propre de la véritable sagesse…

LRW

 

 

Le Graal et la métaphysique

Par-delà les explications religieuses, historiques ou littéraires, le Graal se rattache à une tradition métaphysique. C’est, ici, un symbole qui exprime une réalité d’un ordre supérieur, un centre à conquérir. Ce centre est intérieur et de nature spirituelle. La lumière le caractérise (« pierre de lumière » in Wolfram von Eschenbach) ainsi que la «Vie» surnaturelle auquel il introduit. Il a cependant un aspect ambivalent puisqu’il peut agir comme une sorte de gouffre, le « siège vide » ou « treizième siège » sous lequel s’ouvre l’abîme (sauf pour Parsifal – symbole de celui qui sait dépasser ce danger : « extraire l’épée de la pierre » en étant apte à supporter les forces en jeu). Ce dernier point semble indiquer que le centre recherché sera force de destruction ou force vivifiante selon la qualité de celui ou de celle qui s’en approche… Le Graal, «pierre du centre », « pierre des rois », symboliserait ici une force primordiale qui doit être assumée sous peine de « brûler » celui qui n’en est pas digne (l’orgueilleux, l’inconstant). Pour qui passe l’épreuve s’ouvre ensuite un chemin de reconquête vers un état primordial que symbolise, dans d’autres traditions, le « paradis terrestre ».

LRW

Unité

 

 

Unité Une. Une seule. Seule et Une.
Elle bougea et le Temps fut.

Unité Une. Une seule. Seule et Une.
Elle se densifia et la matière fut.

Temps et matière unies : L’espace était.  Maintenant, tu sais.
La Création et son secret.

Retourne-le ! Tu connaîtras celui des Maîtres de l’athanor qui rebroussent chemins et rebroussant chemins trompent jusqu’à la mort.

Sois immobile et tu effaceras le Temps. Aligne-toi et tu détruiras l’opaque.
Sans matière ni temps, tu es l’Un.

Unité Une. Une seule. Seule et Une.

 

Texte et peintures de LRW

Diotime de Mantinée

Diotime de Mantinée, huile sur bois, 50 x 65 cm, 2012

Cette nuit, Diotime m’a dit en songe sept secrets pour sept mensonges. Sept secrets que les jeux des discours ressassés occultent aux yeux incultes des bigots de l’amour et de son culte. L’amour n’est point son vêtement, celui des sentiments et des serments. L’amour n’est point volonté de se donner, ni amitié, ni désir de posséder. Ce que nos polarités suscitent en un vertige, c’est la force souveraine qui allume les soleils et embrase comme nul autre pareil. Ce qui perce la nuit en d’étranges lueurs, c’est la lumière des âmes incendiées derrière nos yeux mi-clos, c’est le tourbillon insensé de la force Reine, le désir d’abolir, le Désir de n’être qu’Un.

Peinture et texte de LRW

Masque de poussière

 

 

Avant que la fin ne t’enlace
Et soudain ne t’embrasse
Du baiser des trépassés,
Ne t’identifies plus, insensé,
Au mortel qui te fera tel.
En vérité, l’effet en est cruel,
Le châtiment réel.

Que tu le nommes Seigneur Dieu,
Atman ou Miséricordieux,
La Source de tout esprit
N’accueille en son infini
Que ceux qui se lient à lui.

A l’heure des agonies,
Renonce aux masques de poussières,
Délaisse ton corps et ses oeillères;
Ils glissent dans la tombe,
Ne tombe avec eux.

Mais lève un instant,
Un court instant seulement,
Les yeux de l’écran du mental…
Et tu connaîtras l’univers et les dieux,
Les cieux et le Graal.

En sa nudité, il est là le secret,
Celui des mythes et des légendes
En sa simplicité, il est là le secret,
Celui des cryptes et des prébendes.

Peinture et poème de LRW

 

 

 

 

Le ronronnement de la ville
Etouffé par les volets fermés
S’était laissé oublier.
Assis, immobile,
Un lent retour commençait.

Toujours prégnant,
Le souvenir des activités délaissées
Déposait, négligent,
Ses dernières idées.

Toujours prégnant,
Le souvenir des activités délaissées
Déposait, doucement,
Ses dernières pensées.

Depuis quelques instants,
De fragiles frontières
Tombaient en silence,
Emportant images et repères
A l’horizon fuyant du temps.

Sans hochet ni objet,
Le regard n’enfantait plus
L’illusoire sujet.

Sans hochet ni objet,
Le regard déployait l’infini
De l’espace qu’il était.

Texte et peinture de LRW

Et résonnait ta voix

 

 

Lorsque s’élança dans l’obscurité
Les premières notes de ta voix,
Le silence du lieu, contrarié et effrayé,
Trouva asile en mes pensées.

Aveugle et maintenant muet,
Sans résistance aucune,
Je laissais ton chant avancer en moi,
Aux frissons de nos émois.

Et résonnait ta voix,
Sur les vieux murs de pierres,
Et résonnait ton chant
Sur nos peaux confondues.

Dans cette pièce où le faisceau
Du phare des Deux-Eaux
Jetait en aumône ses traits de lumières,
Le temps d’un court passage, le temps de ton visage,
Tu chantais et je t’écoutais, tu chantais et je t’aimais.

 

Texte et peinture de LRW